D’après le dictionnaire arabe Al-Mouhit, la charia est définie à juste titre comme ce qu’Allah a prescrit pour tout fidèle en matière de dogme et de conduite : الشَّرِيعَةُ : ما شَرَعَهُ اللهُ لعباده من العقائد والأحكام. De ce fait l’application de la charia relève presque en totalité de la conduite individuelle du fidèle. Pour s’en rendre compte il suffit de consulter n’importe quel manuel du fiqh, comme fiqh-assounna de Saïd Sabik, par exemple, ainsi que tous les recueils de la sunna, comme celui d’Al-Boukhari ou de Mouslim etc…Dans la presque totalité des volumes qui les constituent, il n’est question que de la conduite individuelle du fidèle. C’est ainsi que dans les faits et depuis la naissance de l’islam, la charia a toujours été appliquée partout au monde où se trouve des fidèles pratiquants sans jamais léser personne en quoi que ce soit. Et Dar Al-Islam c’est partout au monde où tout musulman est libre de vivre son culte. De ce fait presque le monde entier aujourd’hui est Dar Al-Islam.
Parler de l’application de la charia au point d’en faire une phobie n’a donc nulle raison d’être. Il convient de rappeler à ce sujet que contraindre tout musulman à s’y soumettre, non seulement c’est contraire à la charia même, mais n’à nul sens, car l’acte cultuel n’est agréé par Allah que quand il est strictement volontaire. Forcer quiconque par exemple, à accomplir la salat n’a pour ainsi dire nul sens cultuel.
Il convient donc de réparer ce que la propagande véreuse contre l’Islam ne cesse de propager. De mauvaise foi ou par simple excès d’ignorance, le mot charia est assimilé au seul code pénal qui n’en représente qu’une infime partie et qu’il incombe aux seuls pouvoirs publics de l’appliquer. Or tout le reste, soit presque toute la charia, constitue un ensemble de règles de conduite dont l’application incombe plutôt à l’individu en particulier et à la collectivité civile en général. Qu’en est-il donc de ces différentes branches de la charia ?
1) Les obligations individuelles qui représentent la grosse part de la charia :
a) Le dogme : Il s’agit de ce qui constitue le fondement de l’Islam, sans quoi il n’y a nulle foi. Le dogme peut se résumer en la foi en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses Messagers, en le Jour ultime et en le destin, soit tout ce qui est du lot de chaque être humain comme élément de l’épreuve.
b) Les rites accomplis en culte rendu exclusivement à Allah : Il s’agit de la salat de la zakat du jeûne du Ramadan et du pèlerinage pour celui qui en a les moyens. Chacun de ces rites comporte une partie obligatoire à des moments bien déterminés et une autre partie surérogatoire dont l’accomplissement suppose une rétribution auprès du Seigneur et il n’y a nul reproche pour qui n’en fait rien.
c) Les règles qui régissent la conduite du fidèle vis-à-vis de soi-même : Ce sont des règles qui concernent sa façon de prendre soin de son propre corps soit toutes les règle de l’hygiène, son régime alimentaire, sa façon de dormir, de se vêtir et même de marcher, sa façon d’entrer et de sortir de chez soi et même la façon d’enter et de sortir des toilettes et celle de faire ses besoins. La charia à cet égard concerne la vie du fidèle de sa naissance jusqu’à sa mort. Elle s’occupe même de son testament et de la répartition de son patrimoine entre ses héritiers après sa mort.
d) Les règles qui régissent la conduite du fidèle avec tous les autres : Il s’agit des proches jusqu’aux gens du pouvoir en passant par les voisins et tous les autres citoyens musulmans et non-musulmans, autochtones ou étrangers. Ces règles s’étendent à tous les domaines, familiaux, sociaux, culturels et économiques. Elles doivent être selon la charia toutes empreintes du grand souci d’équité, de rationalité, de probité et d’intégrité.
e) Les obligations de la famille, des voisins et de la collectivité à l’égard de l’individu : Il s’agit des obligations collectives qui concernent toute la vie du fidèle de sa naissance jusqu’à sa mort.
Il faut noter tout de même que la charia laisse au fidèle une très large latitude pour organiser sa vie dans la plupart des domaines. Les détails n’y concernent que les rites cultuels, le code de la famille et le code pénal. Pour le reste, pour toute autre chose nouvelle dictée par les besoins de la modernité, pour les nécessités de l’évolution, et pour toutes les innovations techniques et technologiques censées faciliter la vie, la charia ne fait qu’énoncer des règles générales de nature à inciter le fidèle à y faire preuve de la plus grande piété et de la plus grande prévenance afin d’éviter toute démesure.
Citons comme exemple à ce propos le code de la route dont la charia ne doit bien sûr et naturellement faire nulle mention. Il s’agit d’un code conventionnel, tout récent. Il a pour noble but d’assurer la sécurité routière. Cependant le respect scrupuleux de ce code relève à ce titre et sûrement de la charia selon ses règles générales qui s’étendent à tout ce qui est censé assurer l’intérêt général. Le fidèle doit donc considérer toute violation de ce code comme un péché du fait qu’il expose ainsi la sécurité de soi-même et celle d’autrui au danger.
Qu’en est-il à présent de cette autre part de la charia dont la charge incombe aux pouvoirs publics ?
2) L’organisation et la gestion du pouvoir et des affaires publiques est la petite part de la charia dont la charge incombe à l’Etat :
La charia énonce à ce sujet les règles générales qui régissent les pouvoirs publics vis-à-vis de des gouvernés et vis-à-vis des nations étrangères. Elle indique les droits et les devoirs des gouvernants et laisse aux gens le loisir d’organiser le pouvoir de la manière la plus juste, la plus rationnelle et la plus appropriée pour les besoins du lieu et du moment. De ces règles l’on cite à titre exemple :
a) L’obligation de se consulter en matière d’affaires publiques et de législation :
- « qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la salat, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons, » (verset 38 chap.42)
b) L’obligation de légiférer et de réglementer la vie publique dans le cadre du respect de la charia : Dans l'Islam il est permis de légiférer selon les besoins de l’intérêt général du moment et du lieu avec la seule restriction de ne pas contrevenir aux commandements divins consignés dans le Coran et
- « Vous les croyants! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d’entre vous, qui détiennent le pouvoir. Et puis, si vous vous divergez en quoi que ce soit, référez-vous en à Allah (soit le Coran) et au Messager (soit
Et toute loi ne doit pas non plus gêner ou supprimer toute obligation cultuelle. De même le code pénal doit être surtout conforme au but de la charia en la matière qui est censé préserver les cinq intégrités de tout citoyen et tout résident à savoir :
1) l’intégrité physique, 2) l’intégrité mentale,
3) l’intégrité morale,
4) l’intégrité patrimoniale,
5) l’intégrité confessionnelle.
Par Mustapha HMIMOU