- « Tel est le livre sans doute. Il comporte un guide pour les fidèles prévenants qui reconnaissent l’existence du réel imperceptible » (Coron : versets 2-3 chapitre 2)
Convenons d’abord d’appeler ici philosophie matérialiste, le fait de croire que tout ce qui n’est pas perceptible par les sens ou leurs prolongements technologiques, n’existe pas. Ainsi selon la même doctrine le concept de dieu relève, jusqu’à preuve matérielle du contraire, de l’imaginaire pur.
C’est pour cela que faute de mieux, nous avons opté pour l’expression : réel imperceptible pour transcrire dans ce verset le sens du mot arabe al-ghaïbe الغيب. Nous craignons que la langue française ne soit si longtemps imbibée de ladite philosophie matérialiste, que tous les transcripteurs du Coran dans cette langue, n’ont pas trouvé le mot convenable pour produire le vrai sens du mot arabe ghaïbe. Quand on sait que ce mot veut dire le réel imperceptible, on se rend compte que les mots français utilisés à cette fin, à savoir : mystère ou invisible ou inconnu, non seulement sont très loin d’en transcrire le vrai sens, mais en donnent une interprétation manifestement erronée. Allah fait partie de ce réel imperceptible, est-il sensé de le définir par les mots mystère ou invisible ou inconnu. Il est vrai qu’Allah s’est voulu invisible, mais est-il pour autant perceptible par quelque autre sens ??? Et comme l’imaginaire est aussi imperceptible, Allah n’est pas un concept imaginaire, mais plutôt réel. C’est pourquoi à notre sens, le réel imperceptible est faute de mieux, l’expression la plus adéquate pour transcrire le mot arabe al-ghaïbe الغيب
En effet la philosophie matérialiste pure et dure, prétend qu’il n’y a de vrai que ce qui est perceptible par les sens. En rationnels qu’ils prétendent être, tous ces matérialistes ont intérêt à faire preuve d’humilité, ne fut-ce qu’un instant, pour bien méditer le sens de ce verset de la part du Seigneur Qui les a créés :
- « Il y a sur terre des preuves pour ceux qui croient avec certitude;* Et en vous-mêmes n’êtes-vous pas plutôt censé méditer? » (versets 20 ;21 chap.51)
En effet en nous-mêmes, ce qui anime notre corps vivant est sûrement une chose ou une force imperceptible. Quand elle le quitte, il devient un cadavre inanimé. Pour la seule commodité de l’analyse et du raisonnement, convenons de appeler âme cette force ou cette chose. Nul n’a jamais pu la sentir par aucun de ses sens ou par leurs prolongements techniques. Ladite âme n’a ni forme ni odeur ni couleur, et pourtant nul ne peut nier son existence. Nous reconnaissons une telle existence grâce à sa seule trace, c’est à dire à la perception de son seul impact sur le corps, car c’est elle qui l’anime. Eh bien si nos sens sont incapables de percevoir un petit être créé, qui est pourtant en nous-mêmes, comment ces mêmes sens pourraient-ils percevoir le Créateur qui transcende tout, y compris le temps et l'espace ? Méditons à ce propos, le sens de ce verset où Moïse soit-il béni par le salut d'ALLAH, demande à voir le Seigneur :
- « Et lorsque Moïse vint à Notre rendez-vous et que son Seigneur lui eut parlé, il dit: "Ô mon Seigneur, montre-Toi à moi, pour que je Te voie!" Il dit: "Tu ne Me verras pas; mais regarde le Mont: s'il tient à sa place, alors tu Me verras." Mais lorsque son Seigneur Se manifesta au Mont, Il le pulvérisa, et Moïse s'effondra foudroyé. Lorsqu'il s’est remis, il dit: "A Toi la transcendance! À Toi je me repens; et je suis le premier des croyants". » (Verset 143 chap. 7).
Cette requête de Moïse rapportée par Allah dans ce verset-ci, relève de la simple curiosité naturelle chez l’homme, et ne signifiait absolument pas qu’il avait le moindre doute sur l’existence d’ALLAH, surtout qu’il lui parlait. Avec la réponse d’ALLAH à sa requête, Moïse a réalisé que les sens dont le Seigneur l’a doté, ne sont pas en mesure d’apercevoir le Créateur. Il a dû ressentir la Majesté d’Allah par le seul impact de Sa manifestation à la montagne qui l’a pulvérisée.
Cette faveur divine est réservée aux seuls messagers d’ALLAH, car leur curiosité ne met nullement en doute leur foi en l’existence de leur Seigneur, ni en ses attributs :
- « Par Son omniscience IL (Allah) embrasse le réel imperceptible. IL ne dévoile Son réel imperceptible à personne, * sauf à celui qu'IL agrée comme Messager et qu'Il fait précéder et suivre de gardiens vigilants,» (versets 26 ;27 chap. 72) :
Le cas d’Abraham soit-il comblé par la paix d'Allah, et sa requête au sujet de la résurrection qui fait partie du réel imperceptible, ressemble au cas de Moïse soit-il comblé par la paix d’Allah :
- « Et quand Abraham dit: "Seigneur! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts", Allah dit: "Ne crois-tu donc pas?". "Plutôt si! dit Abraham, mais c’est juste pour que mon cœur soit rassuré (ou ma curiosité satisfaite)". "Prends donc, dit Allah, quatre oiseaux, apprivoise-les (et découpe-les) puis, mets-en un fragment sur chaque mont ; ensuite appelle-les ; ils viendront à toi en toute hâte. Et sache qu'Allah est Puissant et Rationnel." » (Verset 260 chap. 2).
Par Mustapha HMIMOU
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