En guise de suite à mes articles précédents, il convient de savoir que le monde musulman a toujours eu aussi son lot de clergé. C’est que l’omniprésence du texte divin authentique dans la vie au quotidien des musulmans n’a pas empêché l’apparition de littératures parallèles qui se font passer pour parole inspirée aussi par Dieu à des "illuminés". Sauf que cette omniprésence du texte divin a toujours maintenu de telles littératures marginales dans toute société musulmane au profit de l’omniprésence et l’écrasante prévalence des textes authentiques et purs ; inaltérés et inaltérables. En d’autres termes, le texte divin authentique demeure à jamais l’unique référence en matière de culte pour l’immense majorité des musulmans dans le monde entier. Cependant sont venues quand même se greffer au culte islamique pur des littératures se voulant équivalentes voire prévalentes des fois à l’authentique Coran et l’authentique hadith. Et il a fallu tout naturellement à toutes ces littératures des clergés pour les soutenir, les maintenir, leur recruter des adeptes et les y retenir. S’il n’y avait pas ces clergés, qui ne peuvent tout quand même ni bousculer ni occulter les textes authentiques partout omniprésents, toutes ces littératures n’auraient pu résister à l’analyse et auraient été condamnées tôt ou tard à disparaître. Le cas le plus patent dans notre monde musulman est le clergé de la communauté de nos frères coreligionnaires chiites.
Ce chiisme a eu pour origine l’âpre lutte pour le pouvoir politique après la mort du troisième calife. Cela montre combien l'homme est si faillible et que même le texte divin authentique n'en fera jamais pour autant un ange. Cette lutte pour le pouvoir eut lieu surtout entre le quatrième calife l’imam Ali, le cousin du prophète, soit-il béni par la grâce et le salut d'Allah, et Muawiya devenu premier calife de la dynastie omeyyade. Le mot chiite dans ce contexte historique veut dire partisan. Dans cette lutte pour le pouvoir, les chiites étaient donc les partisans politiques du calife Ali. Et depuis sa mort, tué dans ce combat, ses partisans ont créé la secte chiite, demeurée depuis et jusqu’à nos jours, à caractère politico-religieux. Ils ont développé alors une littérature censée laisser croire que l’islam et son enseignement ne s’arrêtent pas à la fin de la révélation du Coran et celle du hadith avec la mort du prophète, soit-il béni par la grâce et le salut d'Allah. Une telle littérature se veut plutôt un prolongement des textes authentiques avec la même sacralité et la même force. Il s’agit alors d’une œuvre humaine faillible et par essence imparfaite, et pourtant élevé au rang l’œuvre divine qui est par essence parfaite. Faire admettre une telle assertion et la perpétuer a donc nécessité l’omniprésence d’un clergé fort et bien structuré comme c’est le cas pour les autres cultes que l’islam pur.
En plus de ces deux seuls textes authentiques communs à tous les musulmans, les chiites ont donc adopté comme référence équivalente des croyances subséquentes relatives à la légitimité au pouvoir temporel. Pour plus de détails il est possible de voir à ce sujet n’importe quel encyclopédie. Or pour l’immense majorité des musulmans et selon le Coran même, l’unique parole humaine inspirée par Allah, est celle insufflée au prophète, soit-il béni par la grâce et le salut d'Allah. Avec ses faits et ses gestes, elle constitue la plus grande partie du hadith. Et toute autre parole humaine, fut-ce celle de sa descendance ou de ses compagnons, est donc sujette à caution, puisque non inspirée par Allah.
Cette littérature chiite ainsi inconvenablement sacralisée, a donc eu besoin d’un clergé pour la soutenir, la maintenir, lui conserver à jamais des adeptes et tant que possible en augmenter le nombre. De ce fait, l'imam pour la communauté chiite, est plutôt son guide spirituel et temporel au même titre que l’archevêque ou le pape pour les chrétiens. Il est de ce fait, censé protéger un dogme qui, parce qu’il n’est plus pure œuvre divine, il diverge en bien des points avec l’islam tel qu’il est fixé une fois pour toute par l’authentique Coran et l’authentique hadith. Les chiites gardent, comme tous les musulmans, le Coran et le hadith tels quels, mais avec un supplément de hadiths propres et des exégèses censées justifier et accréditer leur chiisme. Ils ont en plus, certains rites particuliers avec certains codes qui leur sont propres. Et selon leur dogme, tout commun des mortels parmi les chiites, doit nécessairement être le disciple ou moukalid de tel ou tel marjii, soit de telle ou telle référence cléricale, pour l’imiter en tout et surtout en matière de rites et de pratique cultuelle.
Il y a aussi les Druzes. Quoiqu’ils diffèrent avec nous pratiquement en tout, ils se disent quand même musulmans et nul n’est en droit de leur dénier cette qualité. Hérétiques ou pas ce n’est l’affaire de personne. En matière de culte, nous n’avons pas à juger les gens. Allah ne nous en demandera pas des comptes à rendre. Il s’agit alors d’une affaire exclusive entre le Seigneur et ses sujets, et nous n’avons pas à nous en mêler. Il nous revient de leur faire parvenir l’authentique message divin, que les druzes ne connaissent d'ailleurs que trop bien, et puis ils sont libres de croire ce que bon leur semble.
La communauté druze habite surtout en Syrie, au Liban et en Palestine. Selon les sources encyclopédiques, cette communauté rejette la charia et les obligations rituelles qui en découlent. Dans leurs pratiques il n'y a ni prières ni lieux de culte. Leur doctrine est occulte et n'est révélée aux fidèles qu'après l’age de quarante ans suivis de divers degrés d’initiation. D’après les mêmes sources, le dogme druze s'appuie sur la croyance en la métempsycose, selon laquelle une même âme peut animer successivement plusieurs corps humains. Toutes ces croyances divergent à l’évidence et en tout avec l’enseignement du Coran et celui du hadith. Il s’agit bien sûr de pures inventions humaines qui, pour subsister, ont dû avoir également un clergé afin de les soutenir, les maintenir, et y retenir les adeptes. Quand cette communauté se qualifie de musulmane, il s’agit alors d’un islam vidé complètement de sa substance et de son essence. Cependant à la différence de ces Druzes, les chiites ont plutôt rajouté certaines innovations humaines à l’islam authentique tel qu’il est consigné une fois pour toute dans le Coran et le hadith. Et pour le perpétuer ils ont dû avoir besoin d’un clergé.
Il s’agit là des deux plus ou moins grandes communautés minoritaires dans le monde musulman et concentrées en Grande Syrie et en Mésopotamie. Cependant grâce à la forte omniprésence et la non moins forte prévalence des textes authentiques partout ailleurs, elles n’ont pu s’étendre hors de ces deux régions et ne représentent que 10% environ de l’ensemble des musulmans dans le monde. Mais partout dans ce monde se trouve aussi, ici et là et d’une façon épidermique et atomisée, de multiples confréries soufies. Chacune a en plus des rites de l’islam pur, ses propres rites particuliers dit tarika soit la voie ou la méthode. Il s’agit alors également de voies ou méthodes qui sont pures œuvres humaines. Les perpétuer et leur recruter et maintenir des adeptes requiert aussi un tout petit clergé, composé souvent et surtout des descendants du cheikh novateur de la tarika dit pour la cause le cheikh de la tarika. Il s’agit chez ces confréries d’une pratique de l’islam authentique avec plus ou moins de zèle. Or il y a un hadith qui déconseille tout excès de zèle en la matière. Selon les textes authentiques, le musulman doit mener une vie équilibrée entre le spirituel et le temporel. Nul de ces deux aspects ne doit souffrir d’un quelconque excès au détriment de l’autre. L’un doit plutôt servir l’autre. Mais selon les érudits de l’islam, toute tarika soufie qui ne transgresse nulle prescription ni nulle proscription cultuelle selon l’islam pur, est acceptable voire louable. C’est qu’il n’y a jamais d’excès en dévotion pour Allah. La tarika soufie devient plutôt condamnable voire proscrite, selon l’immense majorité des musulmans y compris les adeptes du soufisme licite, quand elle se transforme en paganisme et en maraboutiste où d’une manière ou d’une autre les adeptes y rendent le culte au cheikh de la tarika, de son vivant ou dans son tombeau au sein d’un mausolée, ou bien à sa descendance dite héritière de sa prétendue "baraka". Elle est aussi rejetée quand elle innove en matière de rite pour y introduire des pratiques qui n’ont nulle origine dans l’islam pur et censées faire entrer les adeptes dans des formes de transes et d’extase. Certains érudits réprouvent même le pèlerinage annuel pour le mausolée de tout cheikh, car selon un hadith authentique il ne doit y avoir nul voyage cultuel que pour trois mosquées à savoir celle de la Mecque, celle de Médine et celle d’Alkods en Palestine.
Quand ce zèle en ascétisme se trouve, chez certaines confréries soufies, jumelé à des innovations rituelles, puis devient collectif, il risque de s’étendre et diviser la communauté musulmane. De tels zèles ainsi répandus risquent d'éloigner peu à peu la communauté dans diverses directions bien loin du culte authentique et pur, tel qu’il nous a été légué par le Coran et le hadith. Mais une fois de plus, face à l’omniprésence et la forte prévalence du Coran et du hadith tout deux authentiques dans le monde musulman, le soufisme s’est toujours trouvé cloîtré dans des zaouïas (soit littéralement coins) pour ne jamais accéder à nulle mosquée ouverte pour tout le monde.
Il y a aussi le maraboutisme. Un marabout est toujours un homme enterré dans un mausolée pour avoir été connu pour son ascétisme et sa piété exceptionnels. Les marabouts ont toujours fait l'objet d'un culte populaire surtout en Afrique du Nord et sous d'autres formes dans toute l'Afrique. Et c’est bien sûr tout à fait contraire au monothéisme pur et limpide rétabli une fois pour toute par le Coran et le hadith. Nul n’est plus pieux ni plus ascète que tous les prophètes, et pourtant il est absolument prohibé de rendre le culte à aucun d’eux. Et il est formellement proscrit de les invoquer pour quoi que ce soit, monothéisme pur oblige.
Le prophète Mohammad, soit-il béni par la grâce et le salut d'Allah, est enterré dans la mosquée sacré de Médine. Et conformément à l’omniprésence de l’enseignement des textes authentiques, les autorités ont toujours veillé et avec vigueur contre ce risque de maraboutisme à l’endroit du prophète. C’est ainsi qu’à part les officiels et le personnel de l’entretien, jamais nul pèlerin n’a pu accéder au tombeau du prophète. Il n’est même pas permis de le voir et bien sûr moins encore de le toucher. Les gardiens veillent au grain, pour que chaque pèlerin passe dans le couloir latéral au mausolée sans trop s’y attarder. Il est permis juste de saluer de loin le prophète dans sa tombe sans jamais pour autant l’invoquer pour quoi que ce soit. Selon les textes authentiques qui rétablissent le monothéisme pur, le culte et l’invocation doivent être exclusifs pour Allah.
Et puis les lieux du pèlerinage annuel sont la Mecque et ses environs. Ils sont à près de cinq cents kilomètres de Médine où se trouve le tombeau du prophète. La visite de ce tombeau ne fait pas partie du rite d’al hajj. Le rite du pèlerinage est donc absolument valide sans nulle obligation de se rendre à Médine où se trouve ce tombeau. Mais quoique la visite de la mosquée du prophète soit facultative avant ou après le pèlerinage accompli entièrement à la Mecque, presque tous les pèlerins ne la manquent pas.
Cependant si le prophète, soit-il béni par la grâce et le salut d'Allah, était enterré à la Mecque, il y aurait alors une multitude de musulmans qui, malgré les textes qui proscrivent avec force et avec vigueur tout paganisme, auraient transformé le hajj en un festival folklorique à la gloire du maraboutisme. En païens avérés, ils auraient alors associé aisément le prophète à Allah dans sa divinité, bien loin du monothéisme pur rétabli par les textes sacrés. Sauf qu’Allah l’omniscient a bien voulu qu’il en soit autrement.
Il faut dire qu’avant la reconquête de la Mecque par la communauté musulmane naissante, il y avait vingt quatre kaabas dans la péninsule arabique. Mais celle de la Mecque était vénérée par toutes les tribus. Celle-ci contenait alors plus de trois cent soixante idoles, dont chacune représentait le "dieu" propre d’une tribu. Ces idoles avaient leurs statues entreposées au sein de la Ka'ba. Et on leur y rendait des visites et le culte lors du pèlerinage annuel. Mais à la gloire du monothéisme pur, rétabli avec force par le Coran et le hadith, la Kaaba est redevenue un simple bâtiment de forme approximativement cubique avec ses quinze mètres de haut et ses côtés de dix et douze mètres, situé au centre de la Grande Mosquée de La Mecque, et vers lequel tous les musulmans du monde se tournent pour prier. La symbolique de la Kaaba ainsi pratiquement vide, signifie qu'il ne peut y avoir pour tout fidèle nulle créature vivante ou inerte qui fasse l’objet d'adoration. Son cœur doit rester ainsi vide de toute idole pour n'y laisser de place que pour Allah.
Mais ailleurs au monde musulman, la famille ou le village du marabout se plait souvent à profiter des intérêts pécuniaires et en nature que rapporte le maraboutisme. Et certaines personnes se déclarent alors héritières de la baraka de l’ascète défunt, pour se voir aussi vénérées et comblées de dons de toutes sortes. Il s’agit alors une fois de plus d’un mini clergé, censé perpétuer ce maraboutisme rentable. Sans ce genre de clergé local, ce culte foncièrement païen, aurait disparu à côte de l’omniprésence et la forte prévalence du Coran et du hadith authentique. Avec l’expansion de l’instruction et la révolution informationnelle favorables de nos jours à la propagation des textes authentiques, le maraboutisme est de plus en mal vu et se voit ainsi de plus en plus marginalisé dans le monde musulman.
Toutefois la force des textes authentiques laisse tous ces chiismes à la porte de chaque mosquée dans le monde. En d’autres termes, la force des textes authentiques fait que le chiite, le soufi, le marabouté, laisse chacun à la porte de toute mosquée dans le monde, ses croyances et ses rites extravagants dans ses chaussures, pour se fondre dans l’ensemble les fidèles, et se conformer avec eux dans la prière commune telle qu’elle est prescrite par la sunna authentique, sans rien de plus ni de moins.
Et puis si, à la gloire du monothéisme pur, rétabli une fois pour toute par le Coran et le hadith, tel est le cas dans chaque mosquée dans le monde, cela doit être à plus forte raison le cas de la mosquée de la Mecque qui, à la gloire du même monothéisme pur, est le point de mire de tous les musulmans dans le monde lors de chaque prière et leur lieu de pèlerinage annuel. A la lumière de cette donne nous verrons alors dans l’article suivant, la pertinence des commandements du chapitre 9 du Coran, qui semblent contradictoires avec les multiples versets qui y prescrivent plutôt la liberté de culte. Nous y verrons qu’à la gloire du monothéisme pur et pour sa préservation, ce chapitre 9 du Coran fait de toute l’Arabie, qui abrite les lieux saints de l’islam, un sanctuaire exclusif pour ce culte à l’état pur, sous la protection de la puissance d’un Etat. C’est pourquoi qu’à l’instar de toute mosquée au monde, nulle liberté de culte n’y est permise. Mais hors des frontières de l’Arabie, comme hors des murs de toute mosquée, la liberté de culte prescrite par le Coran demeure à jamais la règle. En matière de liberté de culte donc, le chapitre IX du Coran fait des lieux saints de l’islam en Arabie l’exception qui confirme la règle.